La Villeneuve. Une fiction, un manifeste

Article publiée le 29 août 2014

Rentrée studieuse pour BazarUrbain qui prépare un ouvrage sur la Villeneuve de Grenoble. A peine achevé, toujours questionné, déjà démonté, le projet interroge encore aujourd’hui. Nous avons côtoyé ce quartier dès les années 90. Témoignages d’expériences, de projets et de paroles, cet ouvrage cherche à mettre en récits et en critique cette utopie, cette fiction.

La villeneuve 1973

Extrait d’un des textes en cours d’écriture

Utopie(s)

Définition, enjeux et méthodologie d’action

Questionner l’utopie est une façon comme une autre d’entrer en projet. Cela renvoie à une posture d’action dans laquelle nous cherchons à perpétuer des ambitions les plus élevées pour le lieu afin de garantir une matérialisation du projet la plus aboutie possible. La Villeneuve a une dimension utopique.

Par définition l’utopie :

  1. propose une critique argumentée d’un état sociétal jugé inacceptable,
  2. répond – a priori point par point – aux critiques de départ et, ce faisant,
  3. cherche à faire vivre cette réponse à travers des formes d’organisation (spatiales, politiques etc.) et des récits nouveaux.

L’utopie en architecture et urbanisme traduit des motivations sociopolitiques qui trouvent dans l’expérimentation et l’innovation de l’organisation spatiale et des éléments construits une tentative de réponse. Parler d’utopie à la Villeneuve, c’est évoquer ces deux dimensions – architecturales/spatiales et sociales/politiques – aussi bien en faisant un retour sur les processus de conception originelles que sur le projet à venir.

Comprendre les ambitions et portées de l’utopie d’origine

Progressisme, humanisme et utopie ont joué un rôle déterminant dans la conception de la Villeneuve. L’innovation s’exprime d’abord et avant tout du côté sociopolitique à travers ce qui va être popularisé sous l’appellation dite de la « méthode de Grenoble ». Elle se traduit par le désir d’un niveau de vie amélioré, une mixité d’usages et de populations (en termes de niveau socioculturel et d’origine culturelle), les valeurs de l’État providence et une forme particulière de démocratie participative.

Le projet de la Villeneuve matérialise certaines de ces pensées réformatrices mais aussi une matérialisation des volontés réformatrices du « mouvement moderne » notamment sur la tendance à pratiquer la séparation radicale des fonctions. L’intégration de commerces et de services est – ou plutôt était à l’origine ! – beaucoup plus poussée que dans les projets précédents des avant-gardes. Cette mixité d’activités et de fonctions est par ailleurs soumise à une discipline géométrique générale : formes hexagonales avec quelques « îles extérieures » liées au corps de bâti principal par les galeries.

Par ailleurs, la volonté réformatrice du projet s’exprime dans la critique de la « rue traditionnelle », associée à des conditions de pauvreté, de bruit, de manque de lumière, etc. et rendue d’autant plus problématique par la présence envahissante de la voiture, qu’elle soit en mouvement ou à l’arrêt. Outre les nuisances de la rue, le modèle spatial de la Villeneuve s’adresse à la question de l’éclatement de la ville, proposant une manière de structurer l’habitat dense dans un environnement par ailleurs « noyé » de verdure. Enfin, la Villeneuve rompt avec le schématisme des « tours dans la nature » de Le Corbusier et bien d’autres et marque en même temps une distance avec l’opposition entre ville et campagne. L’espace vert qui entoure les bâtiments est ici un espace dessiné, « socialisé ».

Comme toute expérimentation, la Villeneuve n’a pas tenu toutes ses promesses mais pour autant l’objet patrimonial figé et assigné au passé est-il le seul héritage possible de cette utopie ?