En tissant les franges

Hem (Nord), 2003

M58-2

Des projets pour l’action : pré-étude urbaine

Les quartiers Hauts Champs et Longchamp de la commune de Hem (métropole lilloise) sont inscrits dans un Grand Projet de Ville qui rencontre des difficultés dans la mise en œuvre de ses objectifs : amélioration des conditions de logement et d’habitat, désenclavement, requalification de l’environnement urbain, revitalisation économique, réhabilitation des friches industrielles, etc.

Nous avons été sollicité par le Groupe CMH, le principal bailleur social, pour réaliser une pré-étude urbaine visant à dégager des enjeux de projet concertés. Selon nous, une attaque frontale, par des interventions urbanistiques lourdes et coûteuses, risquerait par sa forme spectaculaire et imposée sur un existant fragile, d’être vouée à l‘échec financier et social. Ce territoire ne se prête pas à la table rase. Il possède des qualités patrimoniales et sociales et porte en lui un potentiel latent qui demande à être mis à jour. Une opération de rénovation urbaine classique peut être évitée si on arrive à remettre les acteurs en situation de projet et en écoute réciproque.

Nous avons d’abord identifié des caractéristiques du lieu comme autant de potentiels à partir desquels des projets peuvent se développer. Premièrement, derrière le masque de la dégradation physique et sociale du territoire, apparaissent des lieux et des moments heureux, bien vécus et pourtant inaperçus tandis que les lieux et moments malheureux sont souvent grossis et stigmatisent. Les uns comme les autres sont en puissance des éléments catalyseurs d’un futur projet. Deuxièmement, les habitants, bien que paupérisés et fragilisés, possèdent des compétences (souvent exercées dans l’occultation, la marginalité, voire l’illégalité) qui ne demandent qu’à être favorisées par la collectivité. Il y a un enjeu à se donner des moyens inédits d’identification de ces compétences “habitantes” et d’implication du tissu associatif local afin d’élaborer des projets crédibles et pérennes autour de cette maîtrise d’usage. Troisièmement, il est impossible d’attaquer les problèmes de front sans faire violence à des habitants qui ont tendance au « repli social ». Il nous faut alors penser des stratégies d’action qui repartent des franges pour reconquérir le territoire. Ces franges sont autant de limites de natures différentes qui doivent être repérées à toutes les échelles (quartier, îlot, immeuble ou logement) et identifiées dans leur fonctionnement (frontières, lisières, barrières, clôtures, espaces intermédiaires, lignes de démarcation etc.). Autour d’elles se constituent des territoires sociaux, spatiaux et temporels. Sur les franges peut être ré-instauré un rapport à l’autre et c’est donc à partir d’elles que peut être construit un projet de “reconquête” (du territoire, de l’histoire du lieu et des groupes sociaux).

Nous avons alors identifié trois enjeux de projet : le retournement (retourner les images/dimension symbolique), l’expression (exprimer le milieu/dimension sociale) et le retissage (retisser le territoire/dimension territoriale). Trois méthodes de travail peuvent permettre d’atteindre ces objectifs. Il y a la récitation (la visite guidée d’habitant ou le travail sur la carte postale), l’exposition (de photos comme de paroles habitantes) et la réalisation de projets collectifs. Ces trois démarches ne sont pas trois étapes menant au projet, mais bien trois modalités d’action formant simultanément le projet. L’ensemble des acteurs est bien présent dans les trois modalités d’actions, mais chaque acteur garde ses propres compétences. Les maîtrises d’ouvrage (gestion), d’œuvre (création) et d’usage (diagnostic) doivent se compléter, s’informer et rétroagir les unes avec les autres. Avec l’aide d’un tiers, elles peuvent transformer le territoire dans ses composantes construites (bâti, physique), sociales (usages, représentations) et sensible (esthétique, paysage).

Hauts Champs 1984

Les hauts-Champs en 1994

Action sous la responsabilité de : Suzel Balez, Nicolas Tixier et Jean-Michel Roux avec Catherine Aventin et Marie-Christine Couic et les contributions de Philippe Marin et Pascal Amphoux.