La grande traversée

Grand Genève, 2018-2020

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La Grande Traversées. A la recherche des écologies singulières de la métropole du Grand Genève.

Proposition retenue pour la consultation internationale « Visions prospectives pour le Grand Genève. Habiter la ville-paysage du 21e siècle » lancée par la Fondation Braillard. Groupement INterland, BazarUrbain, Contrepoint, Coloco + Gilles Clément, Coopérative équilibre, Ecole urbaine de Lyon + Michel Lussault

L’équipe propose une entrée par la thématique des « écologies singulières », à savoir celles qui forgent le territoire du Grand Genève (l’histoire sociale & culturelle, la géographie physique & humaine). Elle se propose de les qualifier à travers des marches exploratoires, de cartes collaboratives et de récits. Cette recherche prospective sera menée sous l’hypothèse selon laquelle il existe depuis longtemps sur le territoire franco-valdo-genevois une culture de la circularité, de la concertation et de la coopération. L’équipe projette de repérer les lieux / réseaux / processus émergents caractéristiques de cette culture et de les activer pour imaginer la forme que pourraient prendre des écosystèmes genevois en regard aux enjeux sociétaux et climatiques.

Membres de BazarUrbain impliqués dans le projet : Charles Ambrosino et Nicolas Tixier – avec ponctuellement un appel à tout ou partie du collectif pour des moments de séminaire.

Lien vers la consultation internationale

LE PROJET

Habiter le 21e siècle à l’ère de l’Anthropocène témoigne d’une double espérance, celle de penser que la prospective puisse encore ouvrir un horizon, et celle de voir notre modèle de développement profondément changer. Rien n’est assuré pour autant, si ce n’est une évolution dont on ne saurait aujourd’hui prévoir la trajectoire, mais pour laquelle nous pouvons en partie décider de faire le choix de la respon- sabilité, ou a minima parier sur ce que nous allons perdre ou gagner.

Reformuler pour inventer

Transition et planification ne sont pas ce que l’on croit

En croisant les enjeux de la « planification » avec ceux de la «transition écolo- gique», l’occasion nous est donnée de reformuler la situation dans laquelle nos sociétés organisées évoluent aujourd’hui – situation qui ne peut être réduite ni à une simple transition, ni à un simple renouveau des modes classiques de la plani- fication : il ne s’agit pas de passer d’un état que l’on jugerait destructeur, dépassé, à un autre état qui serait plus raisonné, vertueux. Le défi ne relève pas pour nous d’une forme d’adaptation, mais plus fondamentalement d’une capacité de réin- vention des écosystèmes habités désormais reconnus complexes ( eux même en évolution permanente ).

Hybrider pour explorer

Postures croisées

Combiner pratique et recherche, stratégie et action, programme et projet… c’est ouvrir des dimensions exploratoires peu communes. À travers de telles hybrida- tions, la planification est à la recherche de nouveaux cadres et méthodes pour faire émerger un projet à partir d’un contexte, prenant en compte les conjonctures et l’obsolescence des socles politiques. La pensée devient systémique, non plus linéaire, et se confronte instantanément à une réalité sociale, environnementale et économique de l’urgence climatique. Ses fondements n’en demeurent pas moins ancrés à un territoire existant, un « déjà-là » qui oblige à la relecture d’une rencontre : celle d’une géographie des contraintes et des frontières, d’une histoire des sommets et des traités, d’une place financière hors norme et d’un cadre de gouvernance unique. À première vue, peu de prédispositions pour s’engager dans une forme de transition écologique, et pourtant, il existe depuis des décennies une culture de la circularité, de la concertation, de la coopération, qu’il s’agira de repérer et d’activer, en croisant la posture de recherche et la posture de projet.

Rechercher pour concevoir

À la recherche des écologies singulières du Grand Genève

Notre équipe propose d’habiter la ville-paysage du 21e siècle en partant à la re- cherche des écologies singulières du Grand Genève. « Habiter la ville-paysage », physiquement et dans l’imaginaire, se traduira dans la méthode par la program- mation alternée de moments d’exploration collective in situ, de mise en forme et en récit, et de mise en débat des informations recueillies. « Les écologies sin- gulières », celles qui sont propres à la métropole genevoise, se traduiront dans la méthode par un triple mouvement de recherche de lieux, de réseaux et de processus inédits ou potentiels.

Le premier mouvement brasse large et cherchera à caractériser, par l’articulation entre histoire sociale et culturelle, géographie physique ( l’eau, la pente, le sol, le climat, … ) et géographie humaine ( les frontières, les migrations, … ) les écologies propres et singulières du Grand Genève – celles dont nous dirons littéralement qu’elles donnent lieu à ce territoire.

Le deuxième tentera à l’inverse de repérer ce qui n’existe qu’à peine, ce qui est encore balbutiant et qui permet pourtant d’imaginer un demain pour ce territoire. Le dernier mouvement, à l’articulation des deux premiers, explorera les change- ments ( climatiques, technologiques, économiques et culturels ) rendus possibles par la prise en compte de ce qui se joue à l’échelle mondiale, que ce soit en termes d’organisation sociale ou de gestion des impératifs environnementaux.

 

Printemps 2021 – Synthèse du travail réalisé

Dans le cadre de la consultation internationale « Visions prospectives pour le Grand Genève », l’équipe de « La grande traversée » a proposé de partir à la recherche des « écologies singulières » de la métropole transfrontalière.

Partant de l’hypothèse qu’il existe depuis longtemps sur le territoire franco-valdo-genevois une culture de la circularité, de la concertation et de la coopération, une première collecte d’initiatives heureuses nous a permis de distinguer des séries d' »objets », de « sujets » et de « projets transitionnels ». Leur exploration systématique a permis, au cours d’une alternance de marches collectives in situ et de tables de discussion des actions collectées, d’identifier trois conditions de singularité desdites écologies : « l’îlot d’expérimentation », le « passage transfrontalier » et le « bassin-versant ».

Quatre champs de référence ont par ailleurs guidé l’exploration.

  • Le premier concerne la part sauvage du territoire qu’il faut désormais apprendre à préserver pour survivre. Celle-ci recouvre notamment l’ensemble des actions que l’on peut mettre en œuvre pour redonner au territoire un potentiel de régénération de friches ou de jachères, de reconversion de sites aux affectations non déterminées, et de symbolisation nouvelle de terres peu accessibles ou délibérément méconnues.
  • Le deuxième explore les territoires de l’habiter. Il s’agit ici de faire en sorte qu’un type d’habitat ne puisse plus être conçu sans prendre en compte les effets transitionnels qu’il peut produire sur le terrain des mobilités décarbonées ou partagées, des filières courtes d’approvisionnement, des consommations d’énergie, de matière ou d’information, ou encore sur celui de la diversification des espaces communs.
  • Le troisième systématise la contractualisation des échanges. On pointe cette fois la nécessité, pour gérer des échanges matériels, décisionnels ou énergétiques à finalité écologique, de réinventer des formes inédites de contrats de réciprocité entre acteurs – chartes, valeurs, règles communes, labels privés ou publics, recommandations ou avis d’experts, … – pour redéfinir, inlassablement, ce qu’est ou ce que n’est pas le « bien commun » en situation, et pour préfigurer, par le projet, un cadre normatif à venir.
  • Le quatrième promeut l’invention d’une échelle tierce, oblique, intermédiaire ou transverse, autrement dit d’une échelle qui n’est jamais donnée mais toujours à construire ou reconstruire, en fonction de la situation locale et circonstancielle du projet. Il n’y a pas de recette universelle pour mettre en œuvre la transition, mais des projets à mener, sur des territoires concrets, incarnés et bien différenciés selon « l’écologie singulière » et les « chaînes de valeurs résilientes » qui sont les siennes.

Ainsi le travail s’ouvre-t-il, pour ne pas conclure, sur trois projets démonstrateurs, qui sont l’occasion d’expérimenter autant de fictions réalistes… Celles-ci ont été élaborées en convoquant des acteurs directement concernés et en enquêtant plus systématiquement sur les conditions réelles de mutation transitionnelle des trois territoires : la zone franche de Thônex-Vallard, l’aéroport et la gare de Genève-Europe, l’agropôle d’Archamps-Bardonnex.

 

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